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Chapitre 9
Dépendance et compulsion liées au cybersexe : exutoire inoffensif des tensions
sexuelles ou comportement sexuel problématique ?
Des employés modèles, d'éminents professionnels, des
personnes occupant des fonctions hautement valorisées
(médecins, professeurs, chercheurs, etc.) perdent leur
emploi et leur statut lorsqu'ils se font prendre à fréquenter
des sites Internet spécialisés dans la pornographie infan-
tile. Des enquêtes ont révélé que de nombreuses person-
nes passent beaucoup de temps, tant à la maison qu'au
travail, à naviguer sur des sites à contenu sexuel explicite,
particulièrement ceux impliquant des enfants. De tels
comportements inquiètent de plus en plus les spécialistes
en santé mentale.
Les sites Internet à contenu sexuel sont les plus large-
ment visités sur la Toile. Au moment d'écrire ces lignes,
il y avait plus de 100 000 sites affichant tous les contenus
sexuels possibles et leur fréquentation avait énormément
augmenté, certains d'entre eux prétendant avoir reçu
50 millions de visites (Philaretou, 2005). La recherche
nous montre qu'un tiers des usagers d'Internet vont sur
des sites à contenu sexuel (Cooper, 2002, 2003). Est-ce que
ce genre d'utilisation d'Internet dénote un problème de
comportement ou un problème de société ? À l'inverse,
certains suggèrent que le cybersexe est un loisir inoffensif
servant d'exutoire aux pulsions sexuelles des internautes
(par exemple, grâce aux salons de clavardage ou à la mas-
turbation devant des images sexuelles), et ce, sans risque
de transmission d'ITSS ou sans les autres risques liés aux
relations sexuelles (Waskul, 2004). Naviguer sur Internet
permet aussi l'exploration en ligne de fantasmes sexuels
dans la sécurité et l'intimité du foyer (Quittner, 2003).
Une vision d'Internet plus critique s'inquiète de ce qu'un
petit nombre d'usagers, mais un nombre tout de même
croissant, utilisent Internet comme principal moyen de
stimulation et d'expression sexuelles, le faible coût, l'acces-
sibilité et l'anonymat d'Internet créant une nouvelle forme
de compulsion-dépendance sexuelle. Plusieurs utiliseraient
le cybersexe à l'exclusion de toute autre relation (Cooper,
2002, 2003 ; Dew et Chaney, 2004 ; Philaretou, 2005).
Il est difficile d'évaluer avec précision quelle proportion
des usagers d'Internet fréquentent des sites à contenu
sexuel. Une grande majorité de ceux qui le font ne sem-
blent pas en subir d'inconvénients (Waskul, 2004). De
plus, il n'y aurait que 1 % des internautes qui seraient
dépendants du cybersexe au point que celui-ci perturbe
gravement leur fonctionnement quotidien (Carnes,
2000).
L'excitation, la stimulation et les orgasmes que peut
procurer le contenu sexuel virtuellement infini risquent
d'avoir des répercussions dévastatrices sur la vie person-
nelle et familiale de l'individu (Cooper, 2002 ; Woodward,
2003). Les partenaires de ces personnes disent se sentir
ignoré(e)s, abandonné(e)s, dévalorisé(e)s et trahi(e)s par la
dépendance de leur compagnon ou compagne envers le
cybersexe. Certaines personnes consacrent tellement de
temps au cybersexe qu'à la fin elles finissent par négliger
les membres de leur famille, leurs responsabilités et leur
travail (Philaretou, 2005).
Une autre conséquence négative du cybersexe est la pos-
sibilité qu'il évolue vers des rencontres entre personnes
physiques, ce qui peut comporter de sérieux risques de
transmission d'ITSS et d'agressions sexuelles (Cooper,
2002 ; Genuis et Genuis, 2005).
Les praticiens en santé mentale ont exprimé des préoc-
cupations sur la dépendance au cybersexe chez les ado-
lescents (Fleming et Rickwood, 2004 ; Jancin, 2005). Les
adolescents nord-américains sont de plus grands utili-
sateurs Internet que les adultes (Fleming et Rickwood,
2004). La recherche sur le comportement des internautes
adolescents étant relativement limitée, il est difficile de
dire combien il y en a qui ont des comportements pro-
blématiques face à Internet, incluant la dépendance au
cybersexe. Malgré cela, certains cliniciens avancent que ce
sont les adolescents plus que les adolescentes qui devien-
nent dépendants du sexe sur Internet. Selon la psycho-
thérapeute Ann Freeman, il est commun de rencontrer
des jeunes dépendants au cybersexe qui se masturbent
trois ou quatre fois par jour devant des sites à contenu
sexuel (dans Jancin, 2005). Certains comportements
sexuels associés à Internet peuvent entraîner l'isolement
social, des conduites sexuelles malsaines, la solitude et la
dépression ; les jeunes peuvent aussi devenir la proie de
cyberprédateurs pédophiles (Fleming et Rickwood, 2004 ;
Jancin, 2005). (Voir le chapitre 11 pour une discussion à
propos des pédophiles dans le cyberespace).
Nous espérons que les futures recherches sur le cybersexe
apporteront une réponse plus claire à la question : « Est-ce
que l'exploration sexuelle en ligne est un exutoire relative-
ment bénin ou un comportement sexuel potentiellement
très nocif ? » Pour le moment, nombre de professionnels
ont attiré notre attention sur les conséquences potentiel-
lement négatives d'une dépendance au cybersexe.
Au-delà des frontières
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