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Le CommerCiaL et L'atypisme en sexuaLité
Il y a trois positions possibles par rapport au caractère
criminel actuel de la prostitution : la légalisation, la
décriminalisation et la déjudiciarisation. Légaliser la
prostitution impliquerait que sa pratique pourrait être
encadrée et réglementée, et que les gouvernements en
tireraient des revenus sous forme de taxes et impôts.
Les travailleurs du sexe pourraient figurer dans un
registre, non pas comme dans les exemples des villes
canadiennes ci-haut, mais en étant protégés contre les
poursuites, et ils devraient détenir un permis de pra-
tique conditionnel à un suivi médical curatif et préven-
tif. L'expérience des pays où la prostitution est légale,
comme les Pays-Bas, montre les limites de l'intégra-
tion de la prostitution dans l'activité économique. Par
exemple, environ 70 % des prostituées d'Amsterdam
sont entrées illégalement dans le pays et ne sont donc
pas éligibles aux prestations sociales, ce qui rend pro-
blématique le contrôle de cette activité sur le plan éco-
nomique (Leuchtag, 2003 ; Passariello, 2002).
Décriminaliser la prostitution signifie qu'il n'y aurait
plus de sanction imposée aux travailleurs du sexe et à
leurs clients ou clientes. Cependant, il n'y aurait ni sys-
tème d'encadrement, ni permis, ni suivi médical obli-
gatoire. Les restrictions légales sur la sollicitation et
l'utilisation des mineurs pourraient être maintenues
(McElroy, 1995). La décriminalisation est la position
défendue au Québec par l'organisme Stella et par des
chercheurs universitaires comme Mensah (2007) ou
Nadeau (2001). Ceux-ci prônent la reconnaissance de
ce travail comme étant un travail comme les autres et
considèrent que les personnes qui l'exercent le choisis-
sent librement dans la majorité des cas. Cette reconnais-
sance, qui existe ailleurs dans certains pays, permettrait
aux travailleurs du sexe de bénéficier d'une meilleure
protection légale, d'exercer leur travail dans de meilleu-
res conditions et de s'associer librement (l'Argentine est
un exemple). D'autres chercheurs universitaires croient
que le travail du sexe ne peut être considéré comme
un travail librement consenti et qu'on doit continuer à
tenter de l'éradiquer au nom des droits à l'égalité et à
la dignité humaine et de la lutte contre le trafic sexuel
mondial (Geadah, 2003).
Les opposants au maintien de la criminalisation de
la prostitution invoquent aussi l'inefficacité des pour-
suites. La prostitution prospère malgré les sanctions,
comme toujours, dans la plupart des sociétés où elle a
été interdite. Les efforts pour éliminer la prostitution
se sont en effet révélés tout aussi coûteux qu'inefficaces
(Chapkis, 1997). On s'inquiète par ailleurs des consé-
quences négatives de la prostitution illégale. Ainsi, on
craint que le statut criminel de l'activité n'encourage les
affiliations avec le crime organisé et ne nuise à la réha-
bilitation des prostituées (lesquelles trouveront plus
difficilement un emploi ordinaire si elles ont un casier
judiciaire) (Weiner, 1996).
On oublie ici que les prostitués et prostituées sont sou-
vent victimes des clients, des souteneurs, tout autant
que des lois discriminatoires et de l'opprobre sociale
(Valera et coll., 2001). De plus, si la prostitution était
décriminalisée ou légalisée, le système de justice pénale
pourrait se consacrer davantage aux crimes contre les
personnes et les biens. La légalisation aurait probable-
ment l'avantage d'affaiblir les liens avec le crime orga-
nisé, tout en mettant les prostituées à l'abri des mau-
vais traitements des souteneurs, des clients, du système
judiciaire et autres instances qui profitent d'elles (The
Economist, 1998).
Farley (2004) recommande de déjudiciariser les tra-
vailleuses et travailleurs du sexe tout en poursuivant
sans merci les clients, les proxénètes, les propriétaires
de bordel et les trafiquants de personnes. Un certain
nombre de pays ont adopté cette approche (Corée du
Sud, Suisse, Vietnam et Venezuela) et dispensent des
services médicaux et sociaux aux prostituées pour les
aider à s'en sortir.
Les partisans de la légalisation de la prostitution, ou de
sa décriminalisation, font valoir plusieurs arguments.
D'abord, la prostitution est habituellement considérée
comme « un crime sans victime », comme un acte non
préjudiciable aux personnes impliquées. Étant donné la
forte incidence d'abus sexuels et physiques que traîne
la prostitution et la gravité des abus physiques et psy-
chologiques inhérents au travail du sexe lui-même, la
prostitution est rarement une activité sans victimes.
De plus, pour que la prostitution ne crée pas de vic-
times, il faudrait que les gens puissent débuter dans le
métier de leur plein gré, ce qui n'est possible que si des
alternatives économiques réelles existent en dehors
du travail du sexe, si les travailleuses et travailleurs du
sexe ont autant de pouvoir que leurs clients et si leur
sécurité physique est assurée (Farley, 2004).
Question d'analyse critique
À votre avis, quel devrait être le
statut légal des activités liées à la
prostitution ?
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