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Chapitre 9
monde (Hagen, 2006). Les travailleurs du sexe, hommes
et femmes, travaillent de plus en plus à partir de sites
personnels. La négociation se fait directement par cour-
riels, éliminant ainsi la nécessité d'engager des frais pour
être sur le site Web d'une compagnie, d'un proxénète ou
d'un bordel (Reynolds, 2006). Les modèles travaillant
en direct par vidéoconférence demandent de 25 $ à 50 $
l'heure, mais n'en gagnent en réalité qu'une fraction. Les
compagnies qui les emploient font au minimum 300 $
l'heure par travailleur du sexe. Qu'ils travaillent pour
une compagnie ou sur un site personnel, les travailleurs
du sexe sur Internet exercent leur métier dans des condi-
tions beaucoup plus sûres et sont moins opprimés que les
autres prostitués. Bien que les arrestations en lien avec
Internet soient peu fréquentes, il est facile pour les poli-
ciers de se faire passer pour des clients (Linskey, 2006).
L'émergence du travaiL du sexe
C'est une combinaison de facteurs psychologiques,
sociaux, environnementaux et économiques qui font
que quelqu'un devient travailleur du sexe. Une étude
dit que c'est une question de choix personnel et de droit
à la libération sexuelle (Lim, 1998). Le travail du sexe
peut donner un sentiment de puissance, notamment
lorsqu'il s'agit de négocier le montant demandé et le
service offert (Deshotels et Forsyth, 2006). Le désir de
recevoir de l'attention de la part des clients peut être
une motivation (Andreas, 2005). Les jeunes gais peu-
vent trouver une acceptation de leur sexualité à travers
les compliments et l'appréciation des clients, faisant
fortement contraste avec les sentiments homophobes
qu'ils ont connus dans leur entourage lorsqu'ils étaient
plus jeunes (Steele et Kennedy, 2006).
Les impératifs économiques sont généralement la prin-
cipale raison qui amène une personne au travail du
sexe et qui l'incite à continuer (Carter, 2003 ; Kempner,
2005). La recherche exhaustive de Melissa Farley sur les
travailleurs du sexe dans neufs pays (Canada, Colombie,
Allemagne, Mexique, Afrique du Sud, Thaïlande, Turquie,
États-Unis et Zambie) conclut que la raison la plus répan-
due est de gagner de l'argent. Le plus souvent, c'est un ter-
rible besoin de survie : 75 % étaient sans logis au moment
de commencer à se prostituer (Farley, 2004).
Le coût personneL éLevé
du travaiL du sexe
Les travailleurs du sexe ont plusieurs problèmes de
santé physique et mentale découlant directement de
la violence, du stress chronique et de l'exposition aux
ITSS (Ward et Day, 2006 ; Wong et coll., 2006). Les
deux tiers des travailleurs du sexe de l'étude de Farley
répondaient aux critères diagnostiques du syndrome
post-traumatique, lequel survient lorsqu'une personne
vit un traumatisme profond. Parmi les symptômes
observés se trouvent des cauchemars récurrents, une
certaine anesthésie affective, un sentiment généralisé
de peur, de la difficulté à dormir et à se concentrer et des
remémorations spontanées d'expériences antérieures
(un sentiment de revivre l'expérience traumatisante de
départ). Les travailleurs du sexe sont deux fois plus nom-
breux à être victimes du syndrome post-traumatique
que les vétérans de la guerre du Vietnam ; le taux et la
sévérité du syndrome sont les mêmes dans tous les pays,
qu'ils soient développés ou non. L'expérience suivante est
arrivée à une femme qui se prostituait surtout dans les
boîtes de strip-tease.
Le travail exigeait qu'elle tolère les abus verbaux
(en gardant un sourire forcé), qu'elle se fasse
accrocher par des clients, qu'elle se laisse pincer
les jambes, les fesses, la poitrine et l'entrecuisse...
Ses seins étaient tordus jusqu'à ce qu'elle ressente
des douleurs insupportables. Elle était humiliée
par des clients qui éjaculaient sur son visage...
[et] on lui tirait les cheveux comme moyen de
contrôle et de torture. Elle avait de graves ecchy-
moses dues à des coups et elle avait souvent des
yeux au beurre noir. Elle recevait des coups de
poing sur la tête, provoquant parfois des commo-
tions et des comas. Ces raclées lui ont disloqué la
mâchoire et causé des dommages aux tympans.
Plusieurs années plus tard, sa mâchoire est tou-
jours disloquée. Elle a été coupée avec des cou-
teaux. Elle a été brûlée avec des cigarettes par des
clients qui fumaient après l'avoir violée. Elle a été
violée par des groupes... Les viols commis par les
gens et par les proxénètes ont parfois provoqué
des saignements internes. (Farley, 2003, p. 64)
La prostitution et Le vih/sida
Le VIH/sida est un autre danger que courent les prosti-
tués. Nous n'avons pas de chiffres fiables pour le Canada,
mais, ici comme ailleurs, les travailleurs du sexe qui ont
le plus désespérément besoin de trouver de l'argent, soit
parce qu'ils sont sans papiers, pauvres, plus vieux ou
toxicomanes, sont les plus enclins à accepter des prati-
ques sexuelles à risque (Chapkis, 1997). Une étude faite
au Mexique a révélé que les prostituées recevaient une
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