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L'offre, la demande et les politiques publiques
la soustrait au cycle de l'eau pour au moins 80 000 ans. Aux yeux du CAB, cela
signifie en fait « pour toujours ».
L'eau souterraine revêt une importance vitale pour les petits agriculteurs et les
habitants des petites villes : près de 500 000 Albertains et des millions de têtes de
bétail en dépendent pour leur approvisionnement. Lorsque Petro-Canada a fait
connaître ses intentions initiales, Judy Winter ne pouvait pas croire que le gouver-
nement allait autoriser la société pétrolière à utiliser un élément aussi précieux
que l'eau potable pour extraire du pétrole. Elle y a vu un raisonnement éco-
nomique fallacieux et a offert la comparaison suivante : pratiquer une telle in-
jection d'eau équivaut à donner un dollar à quelqu'un pour aller récupérer une
pièce de 10 ¢ dans un réservoir d'eau usée. « L'eau est beaucoup plus importante
que le pétrole », dit-elle.
L'injection d'eau douce dans les puits de pétrole de l'Alberta est une pratique bien
établie de longue date. Comme le sait bien tout ingénieur en matière de pétrole,
le pompage traditionnel ne permet l'extraction que d'environ 25 % du pétrole
d'un gisement donné. L'injection d'eau donne accès à un volume supplémentaire
de 5 % à 10 %. Mais même dans ce cas, le ministère de l'Énergie des États-Unis
considère qu'il s'agit là d'une pratique inefficace. Si la valeur de l'eau douce est
correctement établie, le gaz naturel, le dioxyde de carbone, l'eau usée, l'eau salée
et des produits chimiques donnent souvent de meilleurs rendements. Le CO
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est
fréquemment utilisé dans l'ouest du Texas, mais c'est l'eau douce qui demeure le
premier choix en Alberta, tout simplement parce qu'elle est gratuite.
Une solution possible pourrait faire appel à une règle capitaliste stricte. Donner
230 milliards de litres d'eau douce par année pour assurer la production de
pétrole dans une province semi-aride est tout à fait contraire à la logique des
affaires, selon la plupart des économistes et des spécialistes en politiques
publiques. Mais l'industrie canadienne se complaît depuis longtemps dans son
avidité pour l'eau. Environnement Canada a publié en 1995 un rapport sur les
utilisations industrielles de l'eau qui met ce fait en relief : « Le fait que l'eau coûte
moins cher que la boue expliquerait pourquoi les industries canadiennes font
une utilisation assez peu réfléchie de l'eau. »
Michael M'Gonigle, professeur de droit à l'Université de Victoria et expert en
ressources aquatiques, assimile l'autorisation donnée par l'Alberta pour une telle
utilisation de l'eau à « une subvention directement versée à l'industrie ». L'attribu-
tion gratuite d'eau, ajoute-t-il, équivaut à l'abandon d'un important instrument
politique qui pourrait autrement inciter l'industrie pétrolière à recourir à des
substituts plus appropriés. Exiger ne serait-ce que 1 ¢ pour chaque gallon aurait
tout de suite une incidence réelle. « Ce ne serait pas exagéré », de dire M. M'Gonigle,
et le gouvernement provincial en tirerait des recettes de 61 millions de dollars
par année, souligne-t-il.
Source : Andrew Nikiforuk
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